Isabelle Attard

Députée du Calvados

Rémi Fraisse

Cazeneuve premier ministre : l’indécence récompensée

/ / / / / / - Publié le 6 décembre 2016 - 2 minutes de lecture

Rémi Fraisse est mort à Sivens le 26 octobre 2014. Le gendarme qui a lancé la grenade offensive n’était qu’un exécutant de décisions prises en haut lieu.

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a tenté de dissimuler sa responsabilité en répétant que la mort de Rémi Fraisse n’était pas “une bavure”. Il a même osé annoncer sa fierté d’avoir contribué à l’enquête.

J’ai donc demandé la démission du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et du premier ministre Manuel Valls le 6 novembre 2014. Sans me faire d’illusions sur le destin de ma demande. Il s’agissait avant tout de dénoncer l’intolérable. Dans n’importe quelle autre démocratie, un ministre de l’Intérieur dont les troupes auraient commis un tel acte en aurait tiré les conséquences en démissionnant.

Le journal Le Monde a dénoncé en octobre 2015 l’enquête bâclée de la gendarmerie sur les circonstances de la mort de Rémi Fraisse.

Cette mort n’est pourtant pas une exception, ni une anomalie. Elle est la conséquence logique de l’évolution des techniques de “maintien de l’ordre” en France. Le journal Reporterre a publié en juin 2016 une enquête approfondie sur l’explosion des violences policières. Leur rapport édifiant est téléchargeable sur leur site. Bernard Cazeneuve n’a d’ailleurs jamais de mots pour les victimes. Adama Traoré n’est malheureusement qu’un exemple parmi tant d’autres.

La semaine dernière encore, le Défenseur des Droits a pointé la responsabilité du préfet du Tarn. Il aurait commis des fautes susceptibles d’engager sa responsabilité pénale dans le cadre de l’instruction pour homicide involontaire, selon Me Arié Alimi, l’avocat de la famille de Rémi Fraisse.

La seule sanction de Bernard Cazeneuve aura été sa promotion au poste de premier ministre. Je reconnais cependant une certaine cohérence à François Hollande : si être responsable de violences sur sa collaboratrice n’empêche pas Jean-Michel Baylet d’être ministre, pourquoi se priver d’un premier ministre dont les ordres ont abouti à la mort d’un jeune homme pacifiste ?

L’histoire jugera le Président François Hollande et son gouvernement sur leurs actes. Pour ma part, il y a longtemps que j’ai constaté qu’ils ne reculeront devant rien pour se maintenir en poste, sans aucune considération d’éthique, d’honnêteté ou simplement de décence.

Violences policières : le rapport qui dit les faits

/ / / / - Publié le 29 juin 2016 - 2 minutes de lecture

À 10h aujourd’hui, le journaliste Hervé Kempf et son équipe du journal Reporterre ont présenté leur rapport d’information « Maintien de l’ordre : la dangereuse dérive« .

https://reporterre.net/Violences-policieres-le-rapport-qui-dit-les-faits

Ces journalistes ont été choqués, dès le début des manifestations contre la loi Travail en mars 2016, de la répression démesurée envers des manifestants et des journalistes. Ils ont décidé d’enquêter dans toute la France, et ont rapporté factuellement les témoignages d’acteurs de ces manifestations, côté manifestants et côté gardiens de la paix.

Le témoignage d’Alexandre Langlois, secrétaire national de la CGT Police, est édifiant : 

  • « Nous ne sommes pas des Robocops » 
  • « Nous sommes utilisés contre le peuple et les donneurs d’ordres cherchent à nous désolidariser du peuple, alors que nous en faisons partie. »
  • « Les casseurs ne sont pas chassés assez rapidement des manifestations alors qu’ils sont parfaitement identifiés. »

Plusieurs syndicats de policiers étaient représentés lors de la conférence de presse, et ont témoigné et approuvé le contenu de ce rapport.

Des députés représentant différentes sensibilités politiques étaient présents, et se mobilisent contre ces dérives inacceptables du gouvernement. Je remercie les député-e-s Noël Mamère, Fanélie Carrey-Conte, Pouria Amirshahi, Sergio Coronado  et Cécile Duflot de s’opposer, avec moi, à l’utilisation des gardiens de la paix à des fins politiques lamentables

N’oublions pas que ces dérives n’ont pas commencé avec la loi Travail : la mort de Rémi Fraisse, militant pacifiste assassiné, aurait dû servir de leçon.

https://reporterre.net/Violences-policieres-le-rapport-qui-dit-les-faits

Sivens : après le drame, sortons des impasses.

/ / / / / / / - Publié le 10 novembre 2014 - 4 minutes de lecture

Tribune parue dans Sud-Ouest du 10 novembre 2014.

Quelques jours après le drame de Sivens, Sylvie Ollitrault, chercheure au CNRS, écrivait dans “Le Monde” : ”l’exaspération, à Sivens comme ailleurs provient du silence de l’Etat face à des préoccupations d’ordre environnemental, sociétal, voire économique”. Dans “Sud-Ouest” du 1/11, Yves Harté souligne que les colères citoyennes finissent par gommer les décisions d’élus, ravivant ainsi la « fracture entre légalité et légitimité ». Dans “Le Monde” encore, Philippe Subra, professeur à Paris-8, montre que « la conflictualité de l’aménagement est devenue une donnée fondamentale du métier d’aménageur, et donc d’élu »…

Le drame de Sivens est le symptôme d’une société en mal-être, en profond décalage avec ses représentants et d’un système démocratique qui ne correspond plus aux aspirations des citoyens. Ce constat est lourd. Il devrait inciter chaque responsable politique, associatif ou syndical, chacun de nous, à s’interroger sur sa propre responsabilité, individuelle et collective, dans ces dérives qui ont conduit à la mort d’un homme. Sans l’humilité et l’introspection de l’ensemble des acteurs, les solutions alternatives ne peuvent pas exister. En cela, les responsables politiques sont loin du compte. Quant aux syndicats d’agriculteurs, ils s’enferment dans une outrance coupable.

Cette incapacité des responsables, politiques et professionnels, à se saisir de la réalité et à imaginer des solutions nouvelles, nous inquiète profondément. Elle mène immanquablement chacun à se retrancher dans ses certitudes, rendant toute construction impossible, et alimentant une frustration qui ne pourra plus que s’exprimer par la violence.

Et pourtant, pas très loin du bruit des tractopelles de Sivens (Tarn), des solutions existent en Lot-et-Garonne. Elles ont été mises en place par des collectifs d’agriculteurs qui ont cherché à sortir des impasses, à concilier rentabilité économique, qualité de la production, adaptabilité au changement climatique et intérêt écologique. Elles sont simples, préservent l’environnement, enrichissent la biodiversité locale, et sont bien moins coûteuses pour le contribuable que les ouvrages tels que celui de Sivens. Pour imaginer ces solutions nouvelles, il faut quatre conditions :

Premièrement, il convient de poser les points d’accord : dans ce cas, acceptons que le changement climatique soit une réalité dont il faut tenir compte. S’il y a débat de son impact sur la raréfaction de la ressource en eau (tout au moins sur nos territoires du Sud-Ouest), il y a consensus sur sa variabilité : il pleut et pleuvra plus en hiver, moins en été, et quant aux précipitations, elles sont et seront plus violentes, et les périodes de sécheresse plus longues.

Deuxièmement, il faut passer du “ou” ou “et” : n’opposons pas des stratégies qui doivent être complémentaires. Apprenons à concilier plutôt qu’à choisir. Le soutien de nos filières agricoles exige à la fois de revoir nos modes de production, de réorienter l’agriculture vers des cultures économes en eau, d’optimiser les techniques d’irrigation, et aussi de mettre en place une gestion pluriannuelle de la ressource en eau et une stratégie de stockage.

Troisièmement, il est nécessaire de sortir de la culture française du gigantisme : elle coûte une fortune à l’environnement et à nos collectivités. La mise en place de retenues collinaires de petites tailles permet de décentraliser la gestion du stock d’eau au plus près des zones d’usage. Ces retenues coûtent six fois moins cher à la collectivité qu’un projet comme celui de Sivens, ont une meilleure intégration paysagère et environnementale, permettent de réalimenter tout le petit chevelu hydrographique, et de diminuer les coûts de transport de l’eau, l’énergie pour pomper, les fuites et pertes sur les réseaux… L’expérience lot-et-garonnaise est exemplaire, tant du point de vue économique qu’écologique.

Enfin, il faut co-construire les projets avec les acteurs : le temps où les élus décidaient seuls, conseillés par leur réseau d’influence, est d’un autre âge. Tout comme les conflits d’intérêts. Comment l’étude préalable a-t-elle pu être réalisée légalement par le maître d’oeuvre ? Dans une démocratie du XXIe siècle, chaque acteur qui souhaite s’impliquer doit pouvoir le faire. Les élus doivent alors devenir des animateurs de territoire, capables d’organiser et de mettre en œuvre des dynamiques de développement participatif.

Pour sortir des impasses, formons le vœu que la mort de Rémi Fraisse amène chacun de nous à sortir de ses tranchées.

Isabelle Attard, Députée du Calvados, Co-présidente de Nouvelle Donne
Patrick Beauvillard, Conseiller Régional d’Aquitaine, Co-président de Nouvelle Donne

Meurtre policier du Sivens : le Premier Ministre Valls doit démissionner.

/ / / / / - Publié le 6 novembre 2014 - 1 minute de lecture

Mediapart a révélé aujourd’hui les détails de l’enquête sur la mort de Rémi Fraisse. Le doute n’est plus permis : Rémi Fraisse est mort de la main d’un gendarme, clairement identifié. Le gouvernement a été informé de tous les détails quelques heures seulement après ce drame.

Comment l’ensemble du gouvernement a-t-il pu décider de se taire pendant deux jours ?

Comment Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur, a-t-il affirmé le mardi 28 octobre qu’il “ne s’agit pas d’une bavure” ? Alors que le préfet avait donné des consignes de fermeté aux forces de l’ordre, pour se déployer dans une zone où il n’y avait plus rien à protéger !

La seule possibilité pour que cette mort ne soit pas une bavure, ce serait qu’elle ait été voulue !

Comment le Premier Ministre Manuel Valls a-t-il pu prétendre le mercredi 29 octobre qu’il n’avait “rien à cacher et rien à craindre”, alors qu’il savait tout et qu’il ne disait rien ?

J’aurais aimé croire que les mensonges du Ministre Cahuzac n’étaient qu’une exception. Je ne peux que constater aujourd’hui que le mensonge est une règle pour ce gouvernement.

Face à cette réalité avérée, il n’y a plus qu’une solution digne et juste. Le Premier Ministre doit présenter sa démission et celle de son gouvernement.

 

Isabelle Attard, députée du Calvados, co-présidente de Nouvelle Donne.