Isabelle Attard

Députée du Calvados

Nouvelle Donne

Vive la liberté d’expression !

/ / / / - Publié le 15 janvier 2015 - 3 minutes de lecture

Nous n’avons pas peur.

Dans la foulée des événements tragiques de la semaine dernière, le Premier Ministre a annoncé de nouvelles mesures législatives supposées mieux combattre le terrorisme.

Pour toute personne ayant suivi les politiques gouvernementales successives depuis plus d’une dizaine d’années, ce refrain trop connu signifie invariablement la mise en place de dispositifs opaques restreignant chaque fois davantage les libertés fondamentales des citoyens, notamment en élargissant les pouvoirs de police aux dépens du pouvoir judiciaire.

Cette dérive, dont nous avons vu les effets aux USA à travers le fameux « Patriot Act », signifie précisément la victoire du terrorisme puisqu’en fin de compte, le but ultime de ce dernier est bien l’anéantissement de la liberté d’expression et d’action.

En outre, les avis de plusieurs experts fortement médiatisés ces derniers jours convergent sur un point essentiel : si la collecte de renseignements et l’action des services de police sur le terrain sont de très haute qualité, le point faible reste la manière dont l’information obtenue est traitée.

En d’autres termes, c’est bien l’organisation interne des services administratifs chargés du traitement du renseignement qui doit être débattue, et toute nouvelle loi ne s’attaquant pas à cette question fondamentale serait au mieux parfaitement inutile.

Nous souhaitons rappeler également qu’aucune évaluation des politiques récentes en matière de lutte contre le terrorisme n’a eu lieu jusqu’ici.

La Quadrature du net, dans un texte où elle détaille ses positions et que nous vous invitons à lire, interpelle ouvertement les pouvoirs publics à ce sujet.

Les extraordinaires rassemblements de ce week-end sont l’admirable démonstration que les français refusent l’instrumentalisation politique de la crainte des attentats, n’ont pas peur, sont et resteront libres.

En vertu de quoi nous refusons l’extension des pouvoirs administratifs relatifs à la surveillance, la répression et le fichage informatique car ils s’opposent au plein exercice du pouvoir judiciaire, en violation flagrante du principe de séparation des pouvoirs.

Pour les mêmes raisons, nous refusons l’introduction de mesures destinées à restreindre l’accès à l’information sur internet sous prétexte de lutte contre le terrorisme. A ce titre, nous tenons à rappeler que la radicalisation des auteurs des attentats sanglants de la semaine dernière ne s’est pas faite sur internet, mais bien au contact d’autres extrémistes.

En revanche, nous exhortons le gouvernement à analyser les défaillances des services du renseignement en faisant appel à toutes les expertises requises et à réévaluer les moyens humains et financiers indispensables à leur bon fonctionnement.

C’est pourquoi Nouvelle Donne, soucieuse des libertés fondamentales sur lesquelles se fonde la République, appelle le gouvernement à renoncer à un projet de loi dicté par la passion et non par la raison, et réclame au contraire un réel débat public pour apporter les réponses les plus appropriées à ces questions essentielles.

Pour Nouvelle Donne,

Isabelle Attard, co-présidente de Nouvelle Donne
Diane Vattolo, Silvère Mercier, Référents de la Commission thématique Nationale Biens communs : connaissance ouverte
Michaël Goldberg, Référent de la Commission thématique nationale Culture

Sivens : après le drame, sortons des impasses.

/ / / / / / / - Publié le 10 novembre 2014 - 4 minutes de lecture

Tribune parue dans Sud-Ouest du 10 novembre 2014.

Quelques jours après le drame de Sivens, Sylvie Ollitrault, chercheure au CNRS, écrivait dans “Le Monde” : ”l’exaspération, à Sivens comme ailleurs provient du silence de l’Etat face à des préoccupations d’ordre environnemental, sociétal, voire économique”. Dans “Sud-Ouest” du 1/11, Yves Harté souligne que les colères citoyennes finissent par gommer les décisions d’élus, ravivant ainsi la « fracture entre légalité et légitimité ». Dans “Le Monde” encore, Philippe Subra, professeur à Paris-8, montre que « la conflictualité de l’aménagement est devenue une donnée fondamentale du métier d’aménageur, et donc d’élu »…

Le drame de Sivens est le symptôme d’une société en mal-être, en profond décalage avec ses représentants et d’un système démocratique qui ne correspond plus aux aspirations des citoyens. Ce constat est lourd. Il devrait inciter chaque responsable politique, associatif ou syndical, chacun de nous, à s’interroger sur sa propre responsabilité, individuelle et collective, dans ces dérives qui ont conduit à la mort d’un homme. Sans l’humilité et l’introspection de l’ensemble des acteurs, les solutions alternatives ne peuvent pas exister. En cela, les responsables politiques sont loin du compte. Quant aux syndicats d’agriculteurs, ils s’enferment dans une outrance coupable.

Cette incapacité des responsables, politiques et professionnels, à se saisir de la réalité et à imaginer des solutions nouvelles, nous inquiète profondément. Elle mène immanquablement chacun à se retrancher dans ses certitudes, rendant toute construction impossible, et alimentant une frustration qui ne pourra plus que s’exprimer par la violence.

Et pourtant, pas très loin du bruit des tractopelles de Sivens (Tarn), des solutions existent en Lot-et-Garonne. Elles ont été mises en place par des collectifs d’agriculteurs qui ont cherché à sortir des impasses, à concilier rentabilité économique, qualité de la production, adaptabilité au changement climatique et intérêt écologique. Elles sont simples, préservent l’environnement, enrichissent la biodiversité locale, et sont bien moins coûteuses pour le contribuable que les ouvrages tels que celui de Sivens. Pour imaginer ces solutions nouvelles, il faut quatre conditions :

Premièrement, il convient de poser les points d’accord : dans ce cas, acceptons que le changement climatique soit une réalité dont il faut tenir compte. S’il y a débat de son impact sur la raréfaction de la ressource en eau (tout au moins sur nos territoires du Sud-Ouest), il y a consensus sur sa variabilité : il pleut et pleuvra plus en hiver, moins en été, et quant aux précipitations, elles sont et seront plus violentes, et les périodes de sécheresse plus longues.

Deuxièmement, il faut passer du “ou” ou “et” : n’opposons pas des stratégies qui doivent être complémentaires. Apprenons à concilier plutôt qu’à choisir. Le soutien de nos filières agricoles exige à la fois de revoir nos modes de production, de réorienter l’agriculture vers des cultures économes en eau, d’optimiser les techniques d’irrigation, et aussi de mettre en place une gestion pluriannuelle de la ressource en eau et une stratégie de stockage.

Troisièmement, il est nécessaire de sortir de la culture française du gigantisme : elle coûte une fortune à l’environnement et à nos collectivités. La mise en place de retenues collinaires de petites tailles permet de décentraliser la gestion du stock d’eau au plus près des zones d’usage. Ces retenues coûtent six fois moins cher à la collectivité qu’un projet comme celui de Sivens, ont une meilleure intégration paysagère et environnementale, permettent de réalimenter tout le petit chevelu hydrographique, et de diminuer les coûts de transport de l’eau, l’énergie pour pomper, les fuites et pertes sur les réseaux… L’expérience lot-et-garonnaise est exemplaire, tant du point de vue économique qu’écologique.

Enfin, il faut co-construire les projets avec les acteurs : le temps où les élus décidaient seuls, conseillés par leur réseau d’influence, est d’un autre âge. Tout comme les conflits d’intérêts. Comment l’étude préalable a-t-elle pu être réalisée légalement par le maître d’oeuvre ? Dans une démocratie du XXIe siècle, chaque acteur qui souhaite s’impliquer doit pouvoir le faire. Les élus doivent alors devenir des animateurs de territoire, capables d’organiser et de mettre en œuvre des dynamiques de développement participatif.

Pour sortir des impasses, formons le vœu que la mort de Rémi Fraisse amène chacun de nous à sortir de ses tranchées.

Isabelle Attard, Députée du Calvados, Co-présidente de Nouvelle Donne
Patrick Beauvillard, Conseiller Régional d’Aquitaine, Co-président de Nouvelle Donne

Pour un traitement équitable de la Confédération Paysanne, lettre à la Ministre de la Justice, Christiane Taubira

/ / / / - Publié le 30 mai 2014 - 0 minutes Less than a minute de lecture

Le 7 janvier dernier, j’étais avec la Confédération Paysanne devant l’Assemblée nationale, pour les soutenir dans leur combat contre la ferme-usine des 1000 Vaches.

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Aujourd’hui, les militants de la Confédération Paysanne ont été relâchés de leur longue garde à vue. Parce que je crois en leur combat, parce que la France a besoin de ces citoyens lanceurs d’alerte, j’ai écrit aujourd’hui à la Ministre de la Justice, Christiane Taubira.

 


 

 

Madame la Ministre de la Justice, Christiane Taubira

L’association Novissen vous a fait part dans une lettre ouverte de la différence de traitement flagrante entre plusieurs plaintes. D’un côté, les trois plaintes déposées contre Monsieur Ramery, promoteur de la ferme-usine dite « des Mille Vaches ». De l’autre, les poursuites engagés contre les militants de la Confédération Paysanne, menées avec une rapidité et des moyens stupéfiants.

Les plaintes de l’association Novissen remontent déjà à plusieurs mois. Les faits rapportés sont sérieux : menaces, non respect du permis de construire, travaux sans permis. Pourtant, rien n’a été fait pour contrôler les agissements de Monsieur Ramery.

Les militants de la Confédération Paysanne, face à ces problèmes, remplissent leur rôle de citoyens. Ils l’ont déjà fait de nombreuses fois par le passé, et la justice les a régulièrement reconnu dans leur droit, en prononçant des non-lieux. Pourtant, ils ont été longuement placés en garde à vue, dans des conditions particulièrement difficiles.

Notre agriculture n’a pas besoin d’usines qui traitent les animaux comme des rouages. Notre agriculture a besoin d’exploitations à taille humaine, qui proposeront aux Français des aliments sains et locaux.

Madame la Ministre de la Justice, chère Christiane, je sais que vous aurez à cœur de vous pencher sur cette situation, et de rappeler aux services de votre ministère l’impératif d’équité de traitement des citoyens devant la justice, qu’ils soient entrepreneurs ou simples paysans.

Isabelle Attard, Députée du Calvados, co-présidente de Nouvelle Donne

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