Isabelle Attard

Députée du Calvados

François Hollande

60 millions de Français fichés : « La base de données sera détournée de son but initial… »

/ / / / - Publié le 4 novembre 2016 - 0 minutes Less than a minute de lecture

Marianne a publié aujourd’hui l’entretien que je leur ai accordé sur le nouveau fichier national qui fichera tous les Français.

La députée ex-EELV Isabelle Attard s’oppose au décret publié par le gouvernement le 30 octobre permettant la création d’une base de données de soixante millions de Français. Des renseignements tels que l’apparence physique, le nom, l’adresse ou l’email des personnes y figureront. Pour l’élue, ce projet s’annonce hautement liberticide.

Isabelle Attard s’oppose au décret « fichage ». – SIPA

Depuis le début de son mandat, Isabelle Attard, députée non-inscrite (ex-écologiste) du Calvados, s’attèle à dénoncer les immixtions de l’Etat dans notre vie privée. Elle s’oppose aujourd’hui au décret publié par le gouvernement le 30 octobre qui permet la création d’une base de données de soixante millions de Français comprenant notamment des données biométriques, une photo, le nom, l’adresse ainsi qu’une adresse électronique des personnes fichées. Une masse d’informations personnelles qui n’avaient jamais, jusqu’alors, été réunies dans un seul et même fichier.

Marianne : Vous êtes opposée à la création d’une base de données comprenant des informations sur soixante millions de personnes. Pourquoi ?

Isabelle Attard : Il y a une inadéquation totale entre le moyen choisi, à savoir la création d’un fichier comprenant énormément d’informations sur soixante millions de personnes, et le but officiellement recherché. On nous dit qu’il s’agit de lutter contre les faux papiers. Je n’en crois pas un mot. Mon avis est que le gouvernement souhaite disposer d’un tel fichier pour en savoir plus sur la population, au cas où… Le plus grave est que le contexte sécuritaire actuel, les attentats, l’état d’urgence, permettent au gouvernement de faire passer ce texte sans aucun débat, sans aucune délibération.

Pourquoi partir du principe que ce fichier servira à surveiller la population ?

Avec ce genre de fichiers, des détournements ont toujours eu lieu. Aux Etats-Unis, le gouvernement s’est servi du Patriot Act pour surveiller la population, notamment des personnalités écologistes qui ne représentaient aucune menace terroriste. En France, François Hollande avoue (dans Un président ne devrait pas dire ça, Stock, ndlr) s’être servi de l’état d’urgence pour mater des militants écologistes pendant la COP21. Donc comment avoir confiance avec ce fichier ? Pour moi, c’est très clair, il sera détourné de son but initial. Et pas seulement en cas de changement de gouvernement, comme l’estiment certains acteurs. Il suffit de circonstances particulières. En cas d’attentat, le risque sera fort de recourir à ce fichier. Et quand les données auront fuité, il ne sera plus possible de revenir en arrière…

Le gouvernement affirme avoir tenu compte des réserves de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés)…

Ce n’est pas vrai. Dans un avis de 2011, la CNIL conseille au gouvernement de mettre une puce contenant les mêmes données sur les cartes d’identités et les passeports. Ce n’est pas la solution qui a été retenue. On voit bien qu’il y a une ambiguïté que le gouvernement ne peut lever. De plus, ce choix de créer une base de données montre la voie aux pirates. La question n’est pas de savoir si ce fichier sera piraté, mais quand il le sera.

On peut penser que les meilleurs pare-feux seront mis en place…

Je ne crois pas que cela sera suffisant. Aux Etats-Unis, les données biométriques de plus de cinq millions de personnes ont récemment fuité. Ces informations ont une valeur commerciale faramineuse ! Il est évident que des piratages auront lieu pour ensuite vendre ces renseignements à des entreprises. Si on croise ces fichiers avec d’autres informations, on peut presque tout savoir d’une personne. On pourra donc faire des offres sur mesure ou refuser une assurance car vous ne répondez pas aux critères. On joue vraiment aux apprentis sorciers avec ce fichier.

Peut-on encore empêcher la création de fichier ?

Puisque le gouvernement a décidé de procéder en catimini, par décret, il n’y a pas énormément de voies pour agir. Des associations contesteront sans doute le décret mais le Conseil d’Etat pourrait très bien répondre qu’il n’y a pas de risque car le fichier n’est pas consultable par le public. Or, les règles de consultation pourront être changées ultérieurement, sans qu’aucun contrôle ne soit fait. Reste la possibilité de mener une fronde citoyenne afin que ce fichier n’existe pas.

Entretien publié sur le site de Marianne le 4 novembre 2016.

PS : en 2009, un fichier similaire de l’ensemble de la population d’Israël a été diffusé. N’attendons pas que la même chose nous arrive.

Un code du travail protecteur et équilibré est possible

/ / / / / - Publié le 11 mai 2016 - 1 minute de lecture

Le Groupe de Recherche – Pour un Autre Code du Travail (GR-PACT) est un collectif de chercheurs en droit du travail qui travaille à une vraie réécriture du Code du travail. J’ai réuni 20 autres députés (Front de Gauche, socialistes frondeurs et écologistes) pour proposer une évolution positive de notre droit. Pour plus de flexibilité, mais avec des contreparties pour les salariés, pas le démantèlement proposé par le gouvernement.

J’ai présenté ce travail collectif à la ministre du Travail lors des questions au gouvernement. Je vous laisse juger de la pertinence de sa réponse.

Le paysage politique s’assainit

/ / / / / / / / / / - Publié le 28 août 2015 - 1 minute de lecture

Au revoir, au revoir, présidents !

Aujourd’hui, François de Rugy et Jean-Vincent Placé, les deux principaux leaders d’un courant d’EELV favorable au MEDEF, opposés à la protection sociale, favorables à la surveillance généralisée des citoyens, et écologistes par opportunisme, ont quitté leur parti. Je serais satisfaite de ne plus être représentée, en tant que députée du groupe écologiste, par un co-président obsédé par son entrée au gouvernement.

Les Français vont y voir plus clair.

Oui, la grande majorité des militants d’EELV est de gauche. Et pas gauchiste. Juste humaniste, écologiste, solidaire, comme les membres de la grande famille de la gauche. Celle qui a porté François Hollande au pouvoir. Celle qui a été trahie.

Cette grande famille, par le passé, a obtenu par ses efforts une vie meilleure pour le plus grand nombre : les congés payés, la sécurité sociale, la retraite. C’est l’héritage que nous avons reçu du Conseil National de la Résistance, et que le gouvernement socialiste a préféré casser qu’embellir, comme ses prédécesseurs.

La lutte contre le réchauffement climatique, pour que notre planète reste vivable, ne se fera qu’en proposant un autre modèle économique que celui du capitalisme mondial.

Les idées que je défends n’ont jamais changé : partage, démocratie et protection de l’environnement. Je reste la députée du rassemblement de la gauche écologiste, citoyenne et solidaire.

Je retire ma confiance à ce gouvernement

/ / / - Publié le 8 avril 2014 - 3 minutes de lecture

Voici le texte de ma tribune parue ce jour sur Mediapart.

 

Depuis bientôt deux ans, j’ai participé aux travaux législatifs de la majorité gouvernementale. J’ai accepté de voter des textes que je trouvais insuffisants, pas à la hauteur des problèmes des Français. Et plus le temps passait, plus les lois étaient désastreuses. Sur les retraites. Sur la casse du droit du travail. Sur l’augmentation de la TVA sans contreparties pour les ménages. Sur la transition écologique. Ah, non, cette dernière a été repoussée encore et encore.

Le groupe écologiste m’a confié la responsabilité de nos amendements au projet de loi Enseignement supérieur et Recherche en 2013. J’ai alors découvert que les négociations finales ne dépendaient pas de la ministre, Genevière Fioraso. C’est à l’Elysée que mes demandes ont été entendues.

J’en ai eu la confirmation à de nombreuses reprises : c’est à l’Elysée que tout se décide.

Si François Hollande ne change pas de politique, le remaniement est un non-événement.

Si François Hollande ne change pas de politique, le chômage continuera d’augmenter.

Si François Hollande ne change pas de politique, les Français continueront de vivre dans la peur.

Si François Hollande ne change pas de politique, nous allons dans le mur, tous ensemble.

Les inégalités se creusent : chaque mois, ce sont des millions de citoyens qui vivent la galère des contrats précaires, des milliers qui viennent grossir les rangs des chômeurs, ce sont des dizaines de milliers de pauvres qui disparaissent des statistiques.

Le temps n’est pas à la demi mesure et au recyclage des méthodes qui n’ont jamais marché.

Non, faciliter les licenciements n’a jamais provoqué des embauches massives.

Non, baisser les cotisations patronales sur les bas salaires n’a jamais provoqué des embauches massives.

Les solutions existent. Le Danemark a un faible taux de chômage, et des cotisations élevées. Le Canada a un mécanisme de chômage partiel facile à utiliser, et protecteur pour les salariés et les entreprises. Le financement de la dette publique par la Banque centrale européenne est possible, par l’intermédiaire de la Banque européenne d’investissement.

Ces solutions, elles peuvent être mises en œuvre dès aujourd’hui. C’est maintenant qu’il faut le dire avec force, et l’imposer dans le débat. Pas dans trois ans, quand la gauche aura perdu tout moyen d’agir.

Face à cette situation, face à l’aveuglement du gouvernement, je ne peux que dire non. J’ai donné ma confiance il y a deux ans. Les actes n’ont pas été à la hauteur des promesses.

Je retire donc ma confiance à ce gouvernement qui n’a pas été remanié, qui prolonge un diagnostic faux et qui entend accélérer dans la mauvaise direction.

Je souhaite en toute sincérité qu’il mérite à nouveau ma confiance rapidement. Mais le discours de Manuel Valls aujourd’hui montre qu’il n’a pas entendu les attentes des Français.

Les élections européennes seront une nouvelle occasion pour les Français d’envoyer un message au gouvernement. Je ferai campagne avec les militants Nouvelle Donne pour convaincre un maximum de citoyens qu’une autre politique est possible. Oui, il existe une alternative crédible. Avec les municipales, notre pays a touché le fond. Avec les européennes, les citoyens doivent reprendre la main.