Isabelle Attard

Députée du Calvados

Edward Snowden

Loi Renseignement : une rare unanimité… contre !

/ / / / / / / / / / / / / / / / / - Publié le 9 avril 2015 - 5 minutes de lecture

La loi Renseignements ne marchera pas. Alors à quoi sert-elle ?

Les experts sont formels : la loi Renseignements ne produira pas les résultats annoncés. Aucun attentat ne sera évité grâce à cette loi. Et surtout, elle causera des dégâts immenses.

Les experts sont formels. Mais quels experts ?

Je ne parle pas des experts des libertés, comme la Ligue des Droits de l’Homme1 ou la Quadrature du Net2. Le gouvernement croit-il que ce sont des gauchistes baba cool qui vivent dans le monde des bisounours ?

Je ne parle pas des avocats3, qui défendent un texte vieux de 226 ans appelé Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Est-ce une loi trop vielle pour être encore utile ?

Je ne parle pas des experts informatiques, comme Laurent Chemla4 ou Tristan Nitot5. Ils disent que les machines informatiques ne doivent pas être utilisées pour surveiller l’ensemble de la population.

Je ne parle pas des entreprises du secteur informatique.6 Elles défendent aussi les libertés fondamentales de notre démocratie. Des experts indépendants7 signalent aussi que le projet de loi va plomber les résultats des entreprises françaises, comme le Patriot Act qui a coûté des millions aux entreprises américaines.

Je ne parle pas des journalistes experts, comme ceux de Reflets.info8 ou Numerama9. Ils s’interrogent sur les raisons cachées de la volonté de surveillance de la population par le gouvernement. Le gouvernement français est-il au-dessus de tout soupçon ? Les précédents ont pourtant fait surveiller des individus pour raison politique (François Mitterrand, etc.).

On pourrait aussi citer des experts encore moins crédibles, comme Edward Snowden ou John Oliver10. Ils s’inquiètent de l’avenir des sextos que chacun de nous peut avoir envoyé ou reçu, et que le gouvernement enregistrera.

Je ne parle pas des députés de la Commission de réflexion et de propositions sur le droit et les libertés à l’âge numérique11. Ils ont émis un avis très sévère, allant jusqu’à demander la suppression de nombreuses dispositions. Manuel Valls pense-t-il que cette commission est composée d’incompétents ?

Je ne parle pas non plus d’Hervé Morin12. Il est de l’UDI, il a été ministre de la Défense, le gouvernement peut-il écarter ses constats ?

Enfin, je ne parle pas du Défenseur des Droits Jacques Toubon13. Il a été ministre de la Justice il y a 18 ans, peut-il être entendu par Bernard Cazeneuve ?

Non, les meilleurs experts à écouter, ce sont ceux qui sont à l’intérieur du système.

Il y a les policiers, qui dénoncent une atteinte grave à nos libertés.14 Peut-on soupçonner des policiers d’être aveugles à la situation de la lutte contre le terrorisme en France ?

Il y a aussi les juges anti-terroristes15, qui sont quand même les mieux à même de savoir si cette loi les aidera dans leur travail. Marc Trévidic, juge antiterroriste depuis 10 ans, critique fortement l’absence totale de contrôle des services de police. Il est effectivement curieux de penser que pour bien travailler, les policiers aient besoin de travailler sans aucun regard du juge. Les juges seraient-ils dangereux ?

Il y a enfin, tout simplement, Jean-Marie Delarue, l’actuel président de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité16 (CNCIS), qui a en charge de contrôler les demandes des services de renseignement. Il est vent debout contre le projet de loi Renseignement, parce qu’il bafoue nombre de garanties pour la protection des libertés.

Il est temps pour les citoyens de s’interroger quand autant d’experts sont unanimement contre un projet de loi, et les députés quasi-unanimement pour.

La seule vraie question, c’est celle du secret de nos correspondances. La démocratie, dans laquelle nous vivons et telle que nous la connaissons, n’a pu émerger que grâce au secret des correspondances. De nombreux cahiers de doléances de 1789 réclamaient le droit au secret des courriers17. Il est grave que ce droit fondamental, qui protège les citoyens contre les abus de l’Etat, soit aujourd’hui supprimé.

Voulez-vous que des fichiers nominatifs soient constitués sur vous ? Au motif que vous ayez eu un jour un comportement jugé suspect par des critères secrets. Dans ce fichier sera listé toutes vos métadonnées. Pas vos mails donc, mais la liste de vos destinataires. Pas vos profils sur des sites, mais la date et l’heure de chacune de vos connexions à Meetic.

Le propre d’un fichier, c’est de rester.

Le propre d’un fichier, c’est d’être consulté. Diffusé. Utilisé pour influencer. Faire chanter. Qui sait ?

J’exagère ? Les pirates informatiques sont nombreux. La presse rapporte chaque semaine des intrusions massives dans les systèmes des Etats et des entreprises. Les boîtes noires installées sur l’ensemble de notre réseau seront piratées. La question n’est pas “si”, la question est “quand”.

Je refuse que le gouvernement, quel que soit le parti au pouvoir18, ait accès à de tels outils sans même le contrôle indépendant des juges.
Et vous ?

Si vous souhaitez agir, c’est par ici.

  1. http://www.ldh-france.org/appel-au-rassemblement-surveillance-generalisee/
  2. https://wiki.laquadrature.net/Amender_le_PJL_Renseignement
  3. http://www.maitre-eolas.fr/post/2015/04/06/Relisons-la-notice
  4. http://reflets.info/pourquoi-la-surveillance-de-masse-induite-par-la-loi-sur-le-renseignement-nempechera-aucun-attentat/
  5. http://standblog.org/blog/post/2015/03/25/Loi-Renseignement-et-surveillance-de-masse
  6. http://www.syntec-numerique.fr/actualite/projet-loi-renseignement-patriot-act-francais
  7. http://www.hackersrepublic.org/culture-du-hacking/impact-eco-pjlrenseignement
  8. http://reflets.info/pjlrenseignement-sommes-nous-dans-une-situation-pre-revolutionnaire/
  9. http://www.numerama.com/magazine/32699-que-feront-les-boites-noires-de-la-loi-renseignement.html
  10. http://www.arretsurimages.net/chroniques/2015-04-07/Snowden-le-sexe-et-nous-id7624
  11. http://www2.assemblee-nationale.fr/14/commissions/numerique/a-la-une/recommandation-sur-le-projet-de-loi-relatif-au-renseignement
  12. http://lelab.europe1.fr/le-petit-travail-de-pedagogie-dherve-morin-sur-le-projet-de-loi-renseignement-et-ses-arguments-inattendus-24366
  13. http://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/upload/avis-parlement/avis_ddd_15-04_-_01_04_2015.pdf
  14. http://cgtpolice75.fr/spip.php?article107
  15. http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/la-loi-sur-le-renseignement-entre-de-mauvaises-mains-est-une-arme-redoutable-estime-le-juge-marc-trevidic-7777296541
  16. http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/quand-le-gendarme-des-ecoutes-fusille-la-loi-sur-le-renseignement-de-valls-465876.html
  17. https://fr.wikipedia.org/wiki/Cabinet_noir
  18. http://reflets.info/pjlrenseignement-le-pistolet-qui-tire-dans-le-pied-des-politiques/

Le Brésil vote une loi formidable pour les droits numériques. Qu’attendons-nous pour faire pareil ?

/ / / / / / / / / - Publié le 24 avril 2014 - 2 minutes de lecture

La surveillance généralisée des citoyens par les États et les entreprises était soupçonnée depuis longtemps. Le lanceur d’alerte Edward Snowden a révélé au monde entier que nous étions réellement surveillés. Tous nos mails, SMS et appels téléphoniques livrent notre vie privée dans tous ses détails. Ceux qui prétendent ne rien avoir à cacher devraient rendre publics leurs relevés téléphoniques et bancaires, ainsi que leur historique de navigation internet.
C’est pourquoi je me réjouis aujourd’hui de voir le Brésil prendre le problème au sérieux.
La chambre des députés brésilienne vient de voter la loi Marco Civil. Cette loi définit un cadre législatif solide pour les libertés fondamentales face à la révolution numérique. Ses principes sont forts :

  • Protection de la liberté d’expression.
  • Interopérabilité, standards ouverts.
  • Protection des données personnelles, en limitant la conservation par les intermédiaires.
  • Ouverture des données gouvernementales.
  • Neutralité des réseaux.

Ces réalisations ambitieuses sont précisément celles que Nouvelle Donne veut pour les citoyens européens. Dans le programme des élections européennes révélé aujourd’hui, Nouvelle Donne ne dit pas autre chose :

20) Protéger les citoyens des risques numériques et défendre les libertés fondamentales sur Internet.

La révolution numérique expose les citoyens à des opportunités et des risques nouveaux. Il faut protéger la vie privée et les données personnelles de la surveillance et des exploitations commerciales abusives. Cela passe par le droit à l’anonymat et au chiffrement, la promotion des logiciels libres, et la défense des réseaux neutres et accessibles. Nous nous opposerons à la surveillance de masse, et à la commercialisation de technologies de surveillance globales. Nous renforcerons les droits des citoyens, et nous nous opposerons aux sanctions administratives ou privées sans contrôle d’un juge.

Ce que le gouvernement brésilien a fait, l’Union européenne et la France peuvent le faire. Je défends ces positions à l’Assemblée nationale depuis deux ans. J’espère que le 25 mai, les citoyens éliront des eurodéputés conscients des enjeux majeurs du numérique, et prêts à défendre nos propositions.

Isabelle Attard, députée du Calvados, co-présidente de Nouvelle Donne

Question au gouvernement : il faut un règlement européen fort pour protéger les données personnelles des citoyens.

/ / / / / / / / / / / / / / / - Publié le 11 juin 2013 - 2 minutes de lecture

 


Question au gouvernement : Isabelle Attard… par isabelleattard2012

Ma  question s’adresse à Madame la Ministre déléguée chargée des PME,  de l’Innovation et de l’Economie numérique.

Un projet de règlement européen sur la protection des données personnelles est actuellement débattu au Parlement Européen. Il vise à mieux protéger les citoyens face aux nouveaux dangers de la dissémination de leurs données personnelles. Les grandes entreprises informatiques, telles que Google, Microsoft, Facebook ou Apple, ne supportent pas cette volonté de protection des citoyens. Elles ont d’ailleurs lancé une opération de lobbying d’une ampleur inégalée. Il existe donc un risque sérieux que ce projet de règlement soit vidé de son sens.

Les risques sont nombreux. Les données de Facebook permettent déjà de déterminer les affinités politiques ou l’orientation sexuelle, même lorsqu’elles ne sont jamais affichées.

Jeudi dernier, le lanceur d’alerte Edward Snowden, ancien de la CIA et de la National Security Agency, a révélé au Guardian l’existence du programme PRISM. Ce programme permet au gouvernement américain d’accéder aux données des serveurs des géants de l’informatique. Google, Facebook et d’autres fourniraient sur simple demande tous les renseignements personnels, mails ou photos des internautes non-américains.

La réponse de ces entreprises est que seuls ceux qui ont quelque chose à cacher devraient être inquiets. La privauté des opinions personnelles est pourtant la base de notre démocratie.

Dans les années trente, les Pays-Bas ont organisé, avec un système IBM, un recensement religieux de leur population, pour déterminer le financement des cultes. Lors de l’invasion des Pays-Bas en mai quarante, ce fichier a permis aux nazis d’éliminer les juifs très rapidement. Ceci démontre bien qu’une base de données personnelles de toute la population européenne peut avoir des usages infiniment plus inquiétants que ne le disent leurs promoteurs.

Madame la ministre, vous avez annoncé un projet de loi Protection des données personnelles, en février dernier. Quand sera-t-il présenté en conseil des ministres ? Quelles mesures prendra le gouvernement pour s’assurer que les entreprises et le gouvernement américains n’accèdent pas à des quantités effarantes de données privées des citoyens français ?