Isabelle Attard

Députée du Calvados

attentats

Pour une lutte efficace contre le terrorisme, je ne signerai pas de chèque en blanc au gouvernement

/ / / / / - Publié le 25 novembre 2015 - 3 minutes de lecture

Aujourd’hui, le Premier Ministre Manuel Valls a prononcé un long discours. Il a exposé les raisons qui, selon lui, justifient de bombarder des lieux et des personnes en Syrie. J’attends du gouvernement plus que des discours. Les parlementaires n’ont reçu aucun dossier, aucun élément, aucun chiffre, ni même un mail pour justifier cette décision. Nous n’avons même pas été informés du coût financier de ces opérations militaires. Cela n’est pas sérieux, alors que le Parlement doit se prononcer sur l’opportunité de cette opération. Nous ne savons pas si les bombardements français effectués depuis un an environ ont été utiles ou pas, combien de victimes civiles innocentes, combien de terroristes tués ?

Nous parlons pourtant d’appliquer la peine de mort, à grande échelle, sur des étrangers.

La peine de mort est abolie en France depuis 1981. C’est un progrès considérable de notre civilisation. Même à l’époque où la peine de mort était appliquée, ce châtiment ultime nécessitait un long procès.

Bien sûr, nos forces de l’ordre sont armées, et autorisées à tuer pour protéger des vies humaines sur notre territoire. Mais seulement en cas de danger imminent. Les personnes présentes en Syrie aujourd’hui ne rentrent pas dans cette définition.

Je comprends l’envie de nombreux Français de riposter après les attaques du 13 novembre. Je suis favorable à toute mesure qui réduise efficacement le terrorisme, partout dans le monde. Pour autant, l’utilisation des bombardements a régulièrement fait la preuve de leur inefficacité.

Après le 11 septembre 2001, les américains ont envahi l’Afghanistan dès octobre. 14 ans plus tard, les Talibans sont toujours là. Les américains ont envahi l’Irak en 2003, et se sont retirés en 2011, en laissant un chaos tel que Daech y est né.

Quelques bombes lancées en Syrie par la France ne feront pas la différence, du moins je n’ai aucune preuve en ce sens. Les experts et les militaires que j’ai consultés sont formels : « sans engagement au sol, les bombardements ne servent à rien. » Je sais aussi que ces bombardements coûteront très chers, et que ce sont des ressources qui manqueront à la lutte contre le terrorisme sur le territoire national.

Nos forces de l’ordre et de secours ont fait un travail admirable, ils faut leur donner les moyens de continuer.

J’ai été élue pour contrôler l’action de l’État. Ce serait une forfaiture, un abandon de mon rôle constitutionnel, que de laisser faire en accordant une confiance aveugle au gouvernement. Je ne signerai pas un chèque en blanc.

De nombreux collègues ont décidé de ne pas prendre part au vote, pour protester contre le manque d’information du Parlement par le gouvernement.

Je voterai donc contre la poursuite des bombardements en Syrie, dans l’attente d’éléments sérieux démontrant l’avantage de cette solution sur toutes les autres. Ce vote contre ne signifie pas que je défends l’inaction face au  terrorisme. Bien au contraire. Je suis pour une lutte anti-terroriste efficace, pour protéger tous les Français de futurs attentats.

Nul, par la guerre, ne devient grand.

/ / / / / / - Publié le 19 novembre 2015 - 2 minutes de lecture

Ce vendredi 13 novembre 2015, nous avons tous été frappés.

En tant que députée, mon premier devoir est d’être au service de ceux qui souffrent, et de rassurer mes concitoyens. Je dois contrôler l’action de l’État avant, pendant, et après les attentats. Je dois aussi voter des lois efficaces, qui règlent les problèmes sans en créer de nouveaux. Ces trois années passées à l’Assemblée nationale m’ont montré qu’une loi votée trop vite est toujours mauvaise. Que dire d’une loi rédigée et votée en 72 heures ?

Perquisitions de nuit, assignations à résidence, enquêtes, filatures, surveillance électronique, dissolution d’associations, expulsion d’imams appelant à la violence, tout est déjà prévu dans nos lois. Tout est déjà réalisable par les policiers, gendarmes et agents de renseignement.

Le juge anti-terroriste Marc Trévidic pointe une seule cause majeure aux insuffisances des forces de l’ordre : le manque de moyens financiers et humains. Depuis des années, c’est ce que je réclame au gouvernement, sans réaction de sa part jusqu’à lundi dernier.

La prolongation de l’état d’urgence ne permet qu’une seule chose nouvelle : la mise à l’écart des juges, et donc de la justice. Les policiers doivent présenter des preuves aux juges. C’est une étape obligatoire pour ne pas perdre un temps précieux à détruire la vie d’innocents. Diminuer nos libertés n’empêchera pas de nouveaux attentats.

En conscience et responsabilité, je voterai contre la prolongation de l’état d’urgence. Gouvernement et parlementaires doivent se ressaisir et sortir de la gesticulation guerrière et médiatique. La dignité des survivants et des proches exige un comportement à la hauteur des enjeux.

Agissons directement sur les causes de ces attaques : asphyxions financièrement Daesh, limitons son approvisionnement en armes, développons la coopération internationale dans le cadre de l’ONU, cassons l’embrigadement à sa source, transformons les ghettos, supprimons les contrôles au faciès et surtout, surtout, offrons à nos jeunes un avenir autre que la précarité et l’isolement social.

Loi contre la précarité des sportifs : pour un avenir fraternel

/ / / / / / - Publié le 17 novembre 2015 - 1 minute de lecture

Discours prononcé le mardi 17/11 lors du vote définitif de la loi sur le statut des sportifs de haut niveau.

« Le sport fait partie de ce qui nous permettra de lutter tous ensemble contre la radicalisation. »

« Je ne l’ai pas assez entendu dans les mots du Président de la République lors du Congrès de Versailles hier. »

« Parmi les familles des victimes, nombreuses sont celles qui nous demandent de tenir un discours pacifique, non-guerrier, un discours de fraternité. Leur demande a un sens, ce sont les premières personnes que nous devons écouter. »

« On peut se répéter en boucle que nous allons partir en guerre, parce que c’est ce qu’il faut faire. D’autres puissances ont essayé avant nous de partir en guerre contre le terrorisme, et elles ont échoué. Je crains que nous ne prenions le même chemin. »

« J’espère que nous mettrons à l’avenir les moyens financiers, humains, dans la fraternité qui fait notre force.«