Isabelle Attard

Députée du Calvados

Quand l’intelligence est collective, la démocratie a de beaux jours devant elle !

/ / / / / / / / / / / / / / / / / / - Publié le 22 juin 2016 - 8 minutes de lecture

samedi 18 juin 2016

« La DÉMOCRATIE entre nos mains »

 

Pari réussi ! Par un samedi après-midi de juin ensoleillé, “LA DÉMOCRATIE entre nos mains” a pris corps ; répondant à l’invitation de la députée Isabelle Attard, des gens d’origines ou d’horizons extrêmement différents se sont rassemblés pour parler du fonctionnement de notre démocratie. Ils étaient 80, au plus fort de l’événement, à réfléchir et débattre d’idées et d’actions pour redonner des couleurs et du souffle à la gestion de la cité par ceux qui la composent et la font vivre : par le peuple et pour le peuple. Et quand la parole lui est offerte, le peuple s’en sert avec intelligence et générosité !

Pour accompagner cet après-midi studieux et inspiré, Geneviève Bouché a accepté de tenir le rôle de “grande témoin”. Informaticienne, spécialisée dans le management de l’innovation et des stratégies de long terme, la futurologue a mis en perspective les discussions de la journée avec le changement de civilisation que nous connaissons actuellement et les défis sociétaux que nous devons relever aujourd’hui pour demain. Sur son blog, Geneviève Bouché présente son regard et ses conclusions à propos de “La DÉMOCRATIE entre nos mains”. Au cours de cet après-midi, les aspirations au bonheur, et au progrès social responsable et solidaire, ont rencontré l’enthousiasme naturel de Geneviève Bouché. Pour poursuivre la réflexion sur l’évolution de notre société et les orientations qu’il nous est possible de lui donner, on peut lire “Changeons de civilisation” aux éditions Kawa : la futurologue y met en relief les opportunités qui s’offrent aux générations montantes, celles qui vont adapter notre civilisation à un nouveau niveau de maturité collective.

Une exposition d’une sélection de citations sur le thème de la démocratie accueillait le public. A noter l’une d’entre elles, tirée de La grève des électeurs de l’illustre calvadosien Octave Mirbeau, dont on commémorera l’année prochaine le centenaire de la mort : « Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des révolutions pour conquérir ce droit. ».

De quoi susciter de nombreuses réactions et alimenter le débat…

Pour nombre de participants, le film J’ai pas voté de Moise COURILLEAU et Morgan ZAHND fut “une vraie claque”. Le film, avec une grande pédagogie décortique le principe même du vote et de la démocratie représentative. Il montre de manière très imagée, et donc percutante, que ce système est parfaitement calibré pour que le peuple n’ait pas le pouvoir. Le film a véritablement permis de lancer la réflexion en ateliers sur des bases solides, notamment des rappels historiques fondamentaux. Plusieurs participants enthousiastes ont fait savoir qu’ils prévoyaient d’organiser d’autres projections/débats autour de ce film.

Les 4 ateliers ont rencontré un joli succès. Leur objectif était de questionner la nature de notre démocratie, d’exprimer celle dont on rêve et de réfléchir aux moyens de lui donner corps.

1er atelier : “Quels garde-fous seraient les garants d’une démocratie réelle ?”, animé par Isabelle Attard

Le groupe a interrogé chaque mot de la question. Qui sont les “fous” ? Qu’est-ce qu’une démocratie réelle ? Quelles peuvent être les garanties ? La conclusion même de cet atelier a été formulée sous forme de question : A quoi cela sert-il de mettre un patch sur des institutions dysfonctionnantes ? Ils ont collectivement convenu que notre démocratie doit être totalement réinventée et particulièrement localement, au plus proche des citoyens.

2e atelier : “Quand avez-vous voté pour la dernière fois avec espoir ?”, animé par Frédric Toutain

Dans la lignée du film “J’ai pas voté”, les participants à cet atelier ont conclu à l’importance d’achever la mise en place de la démocratie, débutée en France en 1789. Les institutions actuelles, héritées de cette époque, n’ont pas pour but de représenter le peuple. Le pouvoir est confié à une caste de notables, qui se cooptent entre eux au travers d’écoles d’élite et de systèmes de sélection qui interdisent l’accès à ceux qui ne leur ressemblent pas.

3e atelier : “Peut-il y avoir (r)évolution sociétale sans (r)évolution personnelle ?, animé par Sarah Albert

Pour le groupe, la (r)évolution personnelle est la première étape indispensable à tout changement sociétal profond. De nombreux facteurs favorisants ont été évoqués : une éducation qui développe l’esprit critique permet une prise de conscience de l’importance de nos choix et la remise en question des modèles ; l’essaimage pour la création d’un véritable contre-pouvoir ; la force de l’exemple ; l’importance du “savoir faire“ autrement et du “faire savoir” ; le partage et le collectif ; les sentiments d’appartenance et de responsabilité ; l’accès à une information libre et indépendante ; retrouver du sens et questionner nos valeurs ; l’optimisme ; la bienveillance. Tout cela permet au citoyen de ne plus être consommateur de la vie et de la démocratie, mais de FAIRE pour redevenir acteur du changement.

4e atelier : “Le revenu de base est-il une des clés de la démocratie ?”, animé par Estelle Loret

Beaucoup de questionnements, peu de réponse définitives mais un consensus final évident. Concomitant d’un changement d’organisation sociale, l’instauration d’un “revenu inconditionnel suffisant et de citoyenneté” permettra à chacun de prendre sa part, ou non, et en conscience, dans la vie publique. Libéré des contraintes essentielles, on peut contribuer, sans risque individuel majeur, à la gestion de la cité : possible, urgent, indispensable, démocratique.

Le débat qui a suivi fut foisonnant. Tous les participants ont joué le jeu de la contrainte que nous leur avions fixée : des interventions limitées à 2 minutes, chrono projeté à l’appui. Un clin d’oeil aux questions au Gouvernement de l’Assemblée nationale, elles aussi limitées à 2 minutes, exercice auquel s’est souvent confronté Mme Attard. L’objectif de cette contrainte est de faire circuler la parole et ainsi rendre le débat plus riche et vivant, d’obliger chaque orateur à synthétiser sa pensée pour aller à l’essentiel et faire avancer le débat. Comme le soulignaient des affiches (disposées dans toutes les salles de débat et d’atelier) rappelant les règles “Pour un débat éthique, apaisé et fécond” : on ne “prend“ pas la parole, on se la fait offrir. Pour l’illustrer, l’animateur de l’après-midi, Sébastien Bellet, compara le temps de parole à un gros gâteau qu’il faudrait bien évidemment se partager. Et comme nos étions nombreux, pour respecter l’équité il était nécessaire d’en prendre un “petite” part pour qu’il en reste aux autres.

Quelques morceaux choisis des interventions :

“C’est en exerçant le pouvoir que l’on comprend le pouvoir.”

“Dans les programmes politiques, les objectifs sont souvent partagés, mais c’est le parcours et les moyens employés pour les atteindre qui divergent et ceux-là sont insuffisamment exprimés.”

“La presse n‘est plus un contre-pouvoir.”

“Il nous faut un autre imaginaire.”

“On a tous le pouvoir. Par l’exemplarité, la consommation et la solidarité pour lutter contre la peur.”

“Il est important de dire que tout le monde peut être candidat.”

“Il faut aussi dire aux élus quand on est content d’une de leurs positions. Il n’y a pas que des pourris ou des positions pas bonnes. Il faut savoir le dire.”

Cette journée de réflexion a abouti à un exercice concret de démocratie participative et d’intelligence collective : le tirage au sort en public du 4e jury d’attribution de la réserve parlementaire. Cette édition était placée sous le signe de la parité : 1 homme et 1 femme dans chacune des 4 catégories d’âge puis le 9e juré tiré au sort parmi tous les candidats restants. Le hasard a bien fait les choses en faisant en sorte que les jurés soient équitablement répartis dans la 5e circonscription du Calvados.

Marie-Thérèse DORR, retraitée (61 ans et plus)

Gilles FOUCHER, retraité (61 ans et plus)

Christine TURQUIN, retraitée (61 ans et plus)

Agnès PHILLIPS, assistante maternelle (46 à 60 ans)

Jacques LEMAITRE-BINDAULT, paysan (46 à 60 ans

Dorothée HOUDAN, urbaniste (31 à 45 ans)

Dimitri LEDORMEUR, conseiller en emploi (31 à 45 ans)

Charlotte JOLY, rédactrice juridique (moins de 30 ans)

Rémy TOUZE, sapeur-pompier professionnel (moins de 30 ans)

Comme M. Jourdain avec la prose, nous sommes tous capables de faire de la politique et de faire démocratie sans nous en rendre compte. Quand la réflexion est menée en conscience et collectivement, elle devient plus puissante et plus efficiente. Faisons confiance aux gens pour réfléchir, pour se poser les bonnes questions. Le constat du manque de place du citoyen dans la politique est largement partagé. Les participants à cet après-midi l’ont montré, ils aiment la politique. Et les jeunes aussi ! Ils étaient présents en nombre ce samedi. Pour certains ils vivent leur engagement différemment de leurs aînés, à l’extérieur des partis ou des mouvements. Mais ces nouvelles formes de participation à la vie de la cité ne doivent pas être ignorées car elles sont d’une grande richesse. Elles sont l’avenir.