Isabelle Attard

Députée du Calvados

Je fais le choix d’une société plus libre, égalitaire et fraternelle.

/ - Publié le 10 février 2016 - 3 minutes de lecture

Inscrire l’état d’urgence dans la Constitution ne rendra pas la lutte contre le terrorisme plus efficace. Ne nous voilons pas la face. L’objectif du gouvernement est de réformer le code pénal et faire passer de nouvelles mesures antiterroristes qui inscriront dans la loi ordinaire de nombreuses dispositions de l’état d’urgence.

Comment ignorer les mises en garde des associations de terrain, de défense des droits, des syndicats de magistrats et d’avocats, des plus hauts représentants de l’ordre judiciaire ? Le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unis alerte sur le manque de clarté et de précision du texte. Les notions vagues employées sujettes à interprétation sont dangereuses.

La France choisit la voie que les terroristes ont tracée pour elle. Celle qui déshumanise et fragmente notre société. Celle qui alimente la peur et met à mal nos droits fondamentaux. Nous assistons à la fragilisation de l’équilibre des pouvoirs, au détriment de la Justice, au profit de l’exécutif, des préfets et du renseignement.

Je ne compte plus les lois antiterrorisme votées en procédure accélérée, sans débat de fond ni concertation. Ces lois cosmétiques inquiétantes n’ont pas fait leurs preuves. Pourtant on nous demandera de voter les prochaines comme un seul homme, au nom de l’unité nationale. Cette mascarade accentue toujours plus la décrédibilisation du politique, laquelle alimentera encore l’abstention aux prochaines élections.

La déchéance de nationalité a été votée. La référence à la bi-nationalité sera probablement réintégrée dans la loi d’application. La mesure sera alors contraire à la Constitution qui déclare tous les Français égaux devant la loi sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle ne dissuadera en rien les terroristes mais aura des effets désastreux sur la cohésion sociale qui est pourtant la première réponse au terrorisme.

N’en déplaise à Manuel Valls, la liberté d’expression est aussi la liberté d’expliquer, d’analyser, de contester les explications “officielles” qui justifient la réponse sécuritaire et guerrière. Le gouvernement refuse de travailler sur les conditions historiques et sociales de ce que nous vivons. Pourtant des chercheurs, des sociologues, des historiens travaillant sur ces questions pourraient éclairer les choix politiques. Mais ils ne sont pas consultés. Aurions-nous construit le pont de Normandie sans ingénieurs ? Quand il s’agit de sciences sociales, c’est ce que nous faisons. Nous nageons en plein amateurisme. Les conséquences pourraient être aussi grave qu’un pont qui s’effondre. Ceux qui fabriquent la loi, et ce ne sont plus les parlementaires, abîment les fondements de notre société : nos valeurs républicaines, notre Constitution, ce qui nous construit en tant que peuple.

J’ai voté contre la réforme constitutionnelle, contre la prolongation de l’état d’urgence le 19 novembre et voterai à nouveau contre le 16 février prochain. Je fais le choix d’une société plus libre, égalitaire et fraternelle.

Isabelle Attard