Isabelle Attard

Députée du Calvados

Aveuglés par la colère, ou manipulés ? Les agriculteurs de la FDSEA dégradent ma permanence parlementaire et le domicile d’une famille

/ / - Publié le 15 juillet 2015 - 3 minutes de lecture

Le 25 juin, j’ai reçu une invitation de la FDSEA 14 pour une visite d’exploitation le vendredi 3 juillet. Je me suis excusée par mail de ne pas pouvoir venir. J’ai proposé de recevoir la FDSEA “dans les semaines qui viennent à ma permanence”.

Mon collaborateur, par téléphone, a proposé à Cyril Grzegorczyk, animateur FDSEA 14, 6 créneaux en juillet : tous les lundis et vendredis après-midi.

Ce midi, une centaine d’agriculteurs est venue dégrader ma permanence. Ils ont arraché ma plaque, avant de menacer la propriétaire d’enfoncer son portail si elle n’acceptait d’ouvrir. Je ne comprends d’ailleurs pas que les deux gendarmes présents aient incité la propriétaire à céder aux menaces.

Trois bennes de fumier ont été déversées dans la cour qui mène à la permanence que je loue. Je ne dispose que d’un droit de passage à cet endroit, ces lieux appartiennent à mes propriétaires, un couple avec trois jeunes filles.

Aucune revendication n’a été faite après ces dégradations. La seule raison avancée, devant la presse, était mon absence à la visite du 3 juillet.

L’animateur FDSEA 14, Cyril Grzegorczyk, contacté par téléphone immédiatement après les faits ce midi, a affirmé ne pas avoir connaissance de ces dégradations. Il a confirmé avoir bien reçu les multiples propositions de rencontre, et les avoir transmis au président de la FDSEA 14, M. Jean-Yves Heurtin.

Prétendre que j’ignore les agriculteurs, c’est une démonstration de mauvaise foi. Je reçois tous ceux qui le demandent, y compris les anti-éoliens et la Manif pour Tous !

 

Je comprends la colère des agriculteurs. Ils sont victimes d’un système bien organisé, où la valeur de leur travail est captée par la grande distribution. J’ai régulièrement dénoncé l’impasse de ce modèle. Le 4 avril 2015, dans la revue de presse de LCI, j’ai choisi de souligner la gravité de la fin des quotas laitiers au 1er avril, pour les éleveurs. Je me suis positionnée en faveur d’un modèle agricole qui permette aux agriculteurs de vivre dignement, dans des exploitations à taille humaine.

 

Pour autant, je ne m’explique pas l’enchaînement de circonstances qui a amené à ces dégradations d’un domicile privé.

Le président de la FNSEA 14, Jean-Yves Heurtin, a-t-il bien été informé de mes propositions de rendez-vous ? Si non, qui avait intérêt à lui cacher ? Si oui, pourquoi n’en a-t-il pas informé les membres de son syndicat, alors qu’il était présent avec eux à Bayeux ce matin ?

Les agriculteurs ont pu s’entretenir avec le maire de Bayeux, Patrick Gomont, et le conseiller départemental de Courseulles-sur-Mer, Cédric Nouvelot. Je suis surprise que, juste après ces échanges avec mes opposants notoires, je sois la seule personnalité politique visée par des dégradations. Je ne suis pourtant pas la seule parlementaire à avoir une permanence à Bayeux.

Evidemment, je déposerai dès demain une plainte pour que ces délits soient punis.

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  • Michel

    Une question : étaient-ce des paysans pauvres, genre croquants, ou bien des milliardaires assistés par, entre autres, la PAC ?
    Courage, l’obscurantisme ne passera pas.

    Chambray

  • M@nu ☮

    quelle idée d’accepter de recevoir ces fumiers !

  • Pierre Jourdan

    Ayant quitté la région depuis plus de 20 ans, il m’est difficile de me faire une idée du profil moyen de l’agriculteur bas-normand partisan d’une jacquerie offensive : ce qui est sûr, c’est que certains d’entre eux avaient déjà la tradition d’être remontés contre le pouvoir préfectoral, par exemple à Saint-Lô, et de ce dès les années 1980, lorsque les données des quotas laitiers imposés par l’ancienne PAC venaient contrarier le jeu des successions des petites exploitations. La disparition des petits éleveurs depuis plus de 20 ans donne encore de la voix aux céréaliers de la FNSEA. Que des activistes aient toujours une dent contre la petite agriculture bio qui dit non à des lobbies mondiaux comme Monsanto, c’est hélas une certitude : la plaine de Caen n’est pas si loin …

    Saint-Mandé-Vincennes-Fontenay-sous-Bois (6° circonscription EELV du 94).

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